Le Télégramme  -  Publié le 01 juillet 2016

Les grand-parents de Jocelyne Le Gohébel ont créé le café Beg du en 1923.

Le « Beg du », « gueule noire », c'est le quartier des cheminots, entre la gare et Toulchignanet, à Auray. Un quartier qui comptait plusieurs cafés et commerces de bouche après la Libération, mais beaucoup ont fermé...

Ar beg du

« Lorsque j'étais petite, mes parents tenaient le café Beg du, côté Brec'h. Ce café-restaurant, construit par mes arrière-grands-parents en 1923, s'appelait Saint-Louis à l'origine et n'a pris ce nom qu'à la fin des années 30. À la mort de Julienne Le Gohébel, sa jeune soeur Maria l'a repris et a également donné le nom de Beg du à son chien. Beg du signifie « gueule noire », comme l'était la figure des cheminots après le travail. C'est ce qui a donné le nom du quartier puisque c'est là que vivaient beaucoup de cheminots. Il constitue la limite de l'octroi entre Auray et Brec'h », explique Jocelyne Le Gohébel, aujourd'hui retraitée.

Des réfugiés lorientais

Beaucoup d'employés des chemins de fer habitaient cité Dakar, dansdes cabanes américaines en bois, avec une partie en dur pourles grandes familles. Les Lorientais réfugiés après le bombardement y ont également été hébergés. Les cabanes ont été détruites au milieu des années 60 et c'est un marchand de pneu qui s'est installé à la place de la cité Dakar. « À l'époque, il y avait aussi à Auray le café Dakar qui, comme Saint Louis, faisait référence aux comptoirs français du Sénégal ; et le café du Dépôt, à côté de l'actuel marchand de fenêtres. Soit trois cafés sur 500 mètres. Mais le café était alors un lieu de rencontre. Il n'y avait pas la télé », rappelle Jocelyne. Elle se souvient aussi du cordonnier Naveos, qui vendait des chaussures rue de la Paix. « Il y avait beaucoup de solidarité entre voisins. Ma mère faisait souvent crédit et distribuait des carambars aux enfants polis. On partageait lessalades et légumes du jardin. Sinon, en 1968, les cheminots auraient fini le mois aux pommes de terre ». Alors qu'on comptait plusieurs petites épiceries jusqu'à la gare, Jocelyne Le Gohébel regrette qu'il n'y ait plus aujourd'hui de commerces dans le quartier.


Stade du Dépôt : une longue histoire

Le stade en herbe du Dépôt tient son nom du dépôt SNCF qui se trouvait à côté. Il a été construit après la guerre par les cheminots en dehors de leurs heures de service. « Les bénévoles ont notamment dû retirer toutes les souches de châtaigniers qui avaient été coupées pour construire le dépôt », se souvient Robert Stéphan, ancien secrétaire de l'association sportive des cheminots d'Auray (Asca), créée en 1945 et affiliée à la Fédération française de football deux ans plus tard. Auparavant, c'est sous le bec de gaz, arrivé en ville en 1927 que les enfants jouaient au foot.

Des cheminots sportifs

Cheminots footballeurs de 1956

Cette photo représente l'équipe de football des cheminots en 1956.
On reconnait notemment Jean LE GOHEBEL, sur la droite, en costume, à coté du gardien de but Youenn KERMOVANT. Source Robert STEPHAN.


La journée de travail de 8 heures obtenue en 1906, qui permettait donc 8 heures de repos et 8 heures de loisir, est en grande partie à l'origine de l'intérêt des cheminots pour le sport. Dès 1919, naît l'Association sportive du syndicat des cheminots qui a duré jusqu'en 1956. Les grandes compagnies encourageaient d'ailleurs le sport, jugé utile pour la santé et le moral et, par conséquence, pour la productivité des travailleurs. « Les écoles d'apprentissage constituaient une véritable pépinière de sportifs », indique Robert Stéphan. Le terrain fut homologué le 27 mai 1949 et remplaça la prairie de la Chartreuse, prêtée au début par les soeurs, mais où, « faute de vestiaire, les footballeurs devaient se changer en plein air et confier leurs vêtements aux dirigeants ou aux spectateurs ».

Deux prisonniers allemands footballeurs


Des joueurs de Pontivy, Vannes et Lorient vinrent renforcer l'équipe locale. « Parmi les joueurs figuraient même deux prisonniers allemands restés travailler en Bretagne. Les maillots de toile bleue serrés à la taille étaient confectionnés par une couturière, Mme Coroller. Basketteurs et footballeurs jouaient souvent ensemble », raconte Robert qui faisait lui-même partie de l'équipe de basket, sport très populaire chez les cheminots. Toujours propriété de la SNCF, le stade du Dépôt est aujourd'hui mis à la disposition du club de football via une convention avec la ville d'Auray.

Source : Robert Stephan.


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